En une ligne
Le français ne met pas en relief avec la voix — il place l'élément à souligner à l'intérieur de
c'est … qui/que.
Les formes de cette page
| Forme | Sens | Prononciation |
|---|---|---|
c'est … qui | pour mettre en relief le sujet | /sɛ … ki/ |
c'est … que | pour mettre en relief tout le reste | /sɛ … kə/ |
Le tableau
| Élément mis en relief | Structure | Exemple |
|---|---|---|
| le sujet | c'est … qui /sɛ … ki/ | C'est Marie qui a payé. /sɛ ma.ʁi ki a pe.je/ |
| le COD | c'est … que /sɛ … kə/ | C'est le livre que je veux. /sɛ lə livʁ kə ʒə vø/ |
| le lieu ou le temps | c'est … que /sɛ … kə/ | C'est demain que je pars. /sɛ də.mɛ̃ kə ʒə paʁ/ |
| un groupe avec préposition | c'est … que /sɛ … kə/ | C'est à Paris que j'habite. /sɛ.t‿a pa.ʁi kə ʒa.bit/ |
La différence entre qui et que est la même que d'habitude : est-ce qu'un verbe suit, ou un sujet ?
qui+ verbe —C'est moi qui ai raison.que+ sujet —C'est ça que je veux.
Pourquoi cette structure est nécessaire
Beaucoup de langues mettent en relief avec la voix : elles peuvent accentuer n'importe quel mot.
Le français ne le peut pas. L'accent tombe sur la dernière syllabe de chaque groupe rythmique et ne se déplace pas. La langue emploie donc une structure à la place :
| Français | Élément mis en relief | Prononciation |
|---|---|---|
C'est Marie qui a payé. | le sujet | /sɛ ma.ʁi ki a pe.je/ |
C'est l'argent qu'elle a donné. | le COD | /sɛ laʁ.ʒɑ̃ kɛl a dɔ.ne/ |
D'autres langues connaissent cette construction, mais la réservent à un effet marqué, un peu formel. La différence est la fréquence : en français, c'est la façon ordinaire et quotidienne de souligner quelque chose, qu'on entend plusieurs fois par minute dans une conversation.
La règle pour parler un français naturel : là où vous monteriez la voix, construisez un
c'est … qui/que.
Avec quel mot le verbe s'accorde
Quand le sujet est mis en relief, le verbe s'accorde avec lui, pas avec c'est :
C'est moi qui ai raison. /sɛ mwa ki e ʁɛ.zɔ̃/ | et non qui a /ki a/ |
C'est toi qui as tort. /sɛ twa ki a tɔʁ/ | et non qui a /ki a/ |
C'est nous qui sommes venus. /sɛ nu ki sɔm və.ny/ | et non qui est /ki ɛ/ |
Ce sont eux qui ont décidé. /sə sɔ̃.t‿ø ki ɔ̃ de.si.de/ | pluriel → ce sont /sə sɔ̃/ |
C'est moi qui aipiège presque tout le monde, parce que le réflexe est d'accorder avecc'est, à la troisième personne. Le français accorde avecmoi: le verbe se met à la forme deje.
À l'oral, on entend
c'est eux, mais à l'écrit soutenu,ce sont euxest la forme correcte.
ce qui et ce que — mettre en relief sans nommer la chose
Quand on ne veut pas nommer la chose elle-même :
| Structure | Exemple |
|---|---|
Ce qui … c'est … /sə ki sɛ/ | Ce qui m'intéresse, c'est la musique. /sə ki mɛ̃.te.ʁɛs sɛ la my.zik/ |
Ce que … c'est … /sə kə sɛ/ | Ce que je veux, c'est partir. /sə kə ʒə vø sɛ paʁ.tiʁ/ |
Ce dont … c'est … /sə dɔ̃ sɛ/ | Ce dont j'ai besoin, c'est du temps. /sə dɔ̃ ʒe bə.zwɛ̃ sɛ dy tɑ̃/ |
Trois choix, selon le rôle de cette chose dans la première partie :
| Quand cette chose est… | Prononciation | |
|---|---|---|
ce qui | le sujet | /sə ki/ |
ce que | le COD | /sə kə/ |
ce dont | introduite par de | /sə dɔ̃/ |
Beaucoup de langues n'ont qu'un seul mot pour ce rôle ; le français choisit entre trois. Demandez-vous quelle est la fonction de la chose dans le verbe qui suit : sujet, COD ou complément avec
de.
La mise en relief par le pronom repris
Une façon plus simple et plus familière — placer le pronom tonique devant :
| Prononciation | ||
|---|---|---|
Moi, je préfère le thé. | moi, par opposition aux autres | /mwa ʒə pʁe.fɛʁ lə te/ |
Lui, il ne comprend rien. | lui, contrairement aux autres | /lɥi il nə kɔ̃.pʁɑ̃ ʁjɛ̃/ |
Le café, je l'aime pas. | le thème est annoncé d'abord — oral familier | /lə ka.fe ʒə lɛm pa/ |
Ce livre, je l'ai déjà lu. | le livre est posé en tête de phrase | /sə livʁ ʒə le de.ʒa ly/ |
Dans les deux derniers exemples, le nom est passé en tête et son pronom est resté à sa place. C'est très fréquent à l'oral et tout à fait naturel.
Beaucoup de langues connaissent cette forme dans la conversation, mais elle est bien plus fréquente en français.
Exemples
| Français | Prononciation | Sens |
|---|---|---|
C'est Marie qui a payé. | /sɛ ma.ʁi ki a pe.je/ | Marie, et personne d'autre |
C'est ce livre que je veux. | /sɛ sə livʁ kə ʒə vø/ | ce livre-là, pas un autre |
C'est demain que je pars. | /sɛ də.mɛ̃ kə ʒə paʁ/ | demain, pas aujourd'hui |
C'est à Paris que j'habite. | /sɛ.t‿a pa.ʁi kə ʒa.bit/ | à Paris, pas ailleurs |
C'est moi qui ai raison. | /sɛ mwa ki e ʁɛ.zɔ̃/ | le verbe s'accorde avec moi |
Ce sont eux qui ont décidé. | /sə sɔ̃.t‿ø ki ɔ̃ de.si.de/ | pluriel soutenu : ce sont |
Ce que je veux, c'est partir. | /sə kə ʒə vø sɛ paʁ.tiʁ/ | la chose voulue est annoncée à la fin |
Ce dont j'ai besoin, c'est du temps. | /sə dɔ̃ ʒe bə.zwɛ̃ sɛ dy tɑ̃/ | avoir besoin de → ce dont |
Moi, je préfère le thé. | /mwa ʒə pʁe.fɛʁ lə te/ | mon goût, face à celui des autres |
Ce film, je l'ai déjà vu. | /sə film ʒə le de.ʒa vy/ | le film est posé d'abord, puis repris |
Erreurs fréquentes
| ❌ | ✅ | Pourquoi |
|---|---|---|
C'est moi qui a raison. | C'est moi qui ai raison. | Le verbe s'accorde avec moi |
C'est Marie que a payé. | C'est Marie qui a payé. | Un verbe suit, donc qui |
C'est le livre qui je veux. | C'est le livre que je veux. | Un sujet suit, donc que |
Ce que m'intéresse | Ce qui m'intéresse | La chose est le sujet de intéresser |
C'est de temps que j'ai besoin. | Ce dont j'ai besoin, c'est du temps. | avoir besoin de → dont |
Pourquoi le français a eu besoin de cette structure
quand l'accent n'est pas libre, c'est la syntaxe qui travaille
Dans beaucoup de langues, l'accent est libre : on peut appuyer sur n'importe quel mot, et il devient le centre de la phrase.
En français, l'accent tombe sur la dernière syllabe de chaque groupe rythmique et ne se déplace pas. Le français ne peut donc pas dire « Marie a payé, pas Paul » avec la voix seule.
Résultat : la langue s'est construit un outil syntaxique pour faire ce que l'intonation fait ailleurs.
D'autres langues ont le même outil et s'en servent peu, justement parce qu'elles n'en ont pas besoin — chez elles, la construction paraît insistante ou formelle, et on la garde pour un effet spécial.
Le français n'a pas d'autre solution, alors il l'emploie sans cesse. Cette différence de fréquence est le point pratique : employer souvent c'est … qui/que n'est pas de la lourdeur en français, c'est parler normalement. C'est au contraire son absence qui rend le français d'un apprenant plat.
Une conséquence voisine : comme la voix ne peut pas porter la mise en relief, une phrase française lue avec l'accentuation d'une autre langue sonne faux, même quand chaque mot est juste.