Sages-femmes : l'école de la vie

Sages-femmes : l'école de la vie

La Science, CQFD

B2June 19, 202658 min
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durée : 00:58:51 - Sciences chrono - par : Antoine Beauchamp - De la matrone au diplôme d'État de sage-femme, comment la France a-t-elle inventé en 1803 une profession médicale féminine unique en Europe, et fabriqué avec elle un paradoxe toujours vivant : celui d’un métier vocation souvent mal reconnu ? - réalisation : Olivier Bétard - invités : Nathalie Sage Pranchère Historienne, chargée de recherche au CNRS

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France Culture Science chrono, Antoine Beauchamp En 1803, la France a pris une décision unique en Europe, faire des sages-femmes, une profession médicale à part entière,

fondée sur un diplôme, un savoir scientifique, et une formation d'État. Ce faisant, elle a transformé une pratique féminine ancestrale en un corps professionnel qui allait avant même Pasteur diviser par deux la mortalité maternelle. Mais elle a aussi fabriqué un paradoxe tenace, celui d'un métier considéré comme vocation,

donc longtemps mal payé et souvent peu reconnu. Science Chrono remonte aujourd'hui aux origines de ce grand siècle des sages-femmes pour comprendre comment se sont fabriqués dans la loi, dans les écoles et sur le terrain, une science, une profession et une figure sociale.

Et pour parler de ce sujet nous sommes en ligne aujourd'hui avec Natalissage Pranchère. Bonjour. Bonjour Nathalie Sages-Crancher, vous êtes historienne, chercheuse CNRS au Laboratoire Sphère, autrice du livre L'École des Sages-Femmes, naissance d'un corps professionnel 1786-1917, paru au presse universitaire François Rablais.

Merci beaucoup d'être avec nous aujourd'hui pour nous raconter comment les Sages-Femmes se sont constitués en un corps médical à part entière en France au moment de la révolution. Mais avant de parler de cette renaissance des Sages-Femmes, je vous donne le programme de la deuxième partie de l'émission tout à l'heure dans

l'entretien archéologique. Nous irons au Kurdistan irakien explorer la cité de Kunara, une cité de 4000 ans dotée d'une écriture cuneiforme et d'un urbanisme planifié qui a été anéantie par les flammes avant même d'avoir livré tous ses secrets. Mais avant cela faisons retour à notre histoire des sciences et aujourd'hui cette histoire des Sages-Femmes en France et leurs constitutions

encore médical à part entière. Nous en parlons avec vous, Nathalie Sages-Prancher. Et pour commencer, j'aimerais qu'on fasse quelques rappels sur le paysage de l'accouchement avant cette structuration de la science des sages-femmes autour de méthodes et d'institutions autour du 19e siècle. Nathalie Sages-Prancher, avant les sages-femmes diplômés,

qui s'occupaient des femmes en couche et dans quelle condition ? Alors bonjour, Antoine Beauchamp. Avant que des sages-femmes soient diplômés, comme vous l'avez rappelé en 1803, ces femmes qui s'occupent, pardon, des femmes en couche,

sont assez diverses. Il y a à la fois des accouchœuses qu'on va qualifier de traditionnelles, qui sont souvent des accouchœuses d'opportunités. On peut aussi les baptiser matronnes.

Ce sont des femmes qui vivent dans le voisinage, qui sont membres de la famille, qui vont prêter la main à un accouchement, parce qu'elles-mêmes ont eu plusieurs enfants

et des accouchements qui se sont bien déroulés. Il existe aussi dans les espaces urbains des sages-femmes qui s'inscrivent dans une structuration professionnelle un peu plus marquée, qui s'achissent des sages-femmes jurés qu'on va trouver dans l'est de la France en particulier, mais aussi des sages-femmes jurés parisiennes qui aient le bénéficie d'un certain contrôle de leur savoir,

puisqu'elles sont examinées par des docteurs et des chirurgiens rattachés au châté de Paris pour pouvoir exercer. C'est sage-femme, on parlera beaucoup de ce terme. Peut-être qu'on peut dire son origine, ça remonte à camp.

Depuis quand on parle de sage-femme, qu'est-ce que ça signifie cette expression ? Le terme de sage-femme, il remonte au Moyen-Âge. On va le trouver sous différentes formes, sage-femme ou femme-sage. En tout cas, il associe effectivement deux notions.

L'idée du savoir de la sagesse, qui sont évidemment intimement liées, et de ce savoir qui va s'exercer sur les femmes, qui va concerner les femmes, et qui n'est pas forcément uniquement incarné par une femme. Disons qu'il y a une certaine ambivalence sur le terme,

qui fait qu'encore aujourd'hui, les hommes saches femmes revendiquent ce terme professionnel, cette dénomination puisque pour eux, c'est vraiment l'association de la femme, auprès de qui on se trouve et du savoir qu'on a sur ce qu'elle vit. On va se concentrer aujourd'hui à une atelie de sages-pranchères sur le 19e siècle et sur

cette constitution d'un corps médical à part entière avec la professionnalisation d'une certaine façon des sages-femmes, mais on va quand même expliquer dans quelle source ou sans racine finalement cette constitution d'un corps des sages-femmes. Qu'est-ce qui change à partir du 17e siècle, du côté de la médecine obstétricale

qu'on va pouvoir associer à ce changement postérieur des sages-femmes ? Au XVIIe siècle, émerge ce que Jacques Hélice a appelé une nouvelle conception de la vie. C'est-à-dire qu'on est dans une configuration où la mort des nouveau-nés, la mort des femmes en couche, devient quelque chose qui est désormais refusé

avec plus de force par les populations. On va donc avoir recours dans le cadre des accouchements à de nouvelles figures qui sont celles des chirurgiens accoucheurs. En France, on a ce cas assez symptomatique de Louis XIV qui fait appel à un chirurgien, un chirurgien Clément, pour le premier accouchement de sa maîtresse, Madame de Lavalière.

Et on voit progressivement une entrée dans le champ de la naissance de chirurgiens qui se spécialisent autour de l'obstétrique. et qui vont modifier le rapport aux soins, aux actes posés à l'occasion d'un accouchement. Tout ceci prend place plus largement dans une période où, à l'échelle de l'État, les penseurs politiques déterminent parmi les grandes marques de la puissance d'un État

l'importance de la population. Pour eux, la principale richesse d'un État, c'est sa population et dès lors qu'on a cette émergence d'un populationnisme, il y a une volonté évidemment de conserver la population des ses origines en préservant la vie des mères et en préservant la vie des nouveau-nés. On comprend donc qu'il y a oui une forme d'inquiétude finalement sur autour de

cette dépopulation, une inquiétude démographique qui se conjugue avec cette émergence d'un art

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