Traités des poisons : le Moyen Âge s'envenime

Traités des poisons : le Moyen Âge s'envenime

La Science, CQFD

B2July 10, 202658 min
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durée : 00:58:38 - Sciences chrono - par : Antoine Beauchamp - Longtemps marginalisée dans les traités de médecine, l’étude des poisons s’autonomise au tournant du 14e dans un contexte où les empoisonnements sont omniprésents. Des remèdes les plus élaborés aux amulettes anti-poison, la médecine du Moyen Âge fait feu de tout bois pour se prémunir des poisons. - réalisation : Olivier Bétard - invités : Franck Collard Il est professeur d'histoire médiévale à l'université de Paris 10-Nanterre.

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France Culture Science chrono, Antoine Beauchamp Entre sciences naturelles, médecine et occultisme, les poisons font depuis l'Antiquité l'objet

d'un attrait particulier, allant de la curiosité au fantasme. À partir du Moyen-Âge, Une littérature médicale et vénéneuse d'un genre nouveau s'est développée avec la parution de traités des poisons.

Parmi ces traités, celui d'un médecin-philosophe italien nommé Pietro Dabano a connu un succès notable au tournant du 14e siècle. Si en ce chrono se demande aujourd'hui comment la médecine vénénologique s'est développée pour répondre à certaines angoisses d'empoisonnement.

Bonjour Francolla. Bonjour. Vous êtes professeur d'histoire médiévale à l'université Parinantère Et vous êtes l'auteur du livre Les Écrits Sur les Poisons paru aux éditions Brepol en 2016.

Merci beaucoup d'être avec nous aujourd'hui pour nous raconter cette histoire vénéneuse des poisons au Moyen-Âge et du lien entre ces poisons et la médecine. Alors avant de nous y plonger, je vous donne le programme de la deuxième partie de l'émission, où là aussi il sera question d'une plongée mais d'un autre genre, dans l'entretien archéologique.

On embarquera à bord d'un bateau d'archéologie sous-marine où j'ai eu la chance d'accompagner une équipe d'archéologues qui plongent sur les épaves de l'opération Dynamo qui a permis au début de la Seconde Guerre mondiale de sauver plusieurs centaines de milliers de soldats alliés par voie de mer. Restez donc à l'écoute pour cette sortie en pleine mer du Nord, ce sera dans la deuxième partie.

Mais avant cela, on revient à notre histoire médiévale des poisons. Franck Collard, on va retourner ensemble au Moyen-Âge et j'aimerais comprendre la place qu'occupait les poisons dans la littérature médicale avant cette période médiévale. Mais déjà, on parle de quoi quand on parle de poisons, quand on est médecin antique ?

Alors quand on parle de poison, quand on est médecin dans l'antiquité, on parle d'une substance qui est contraire au corps humain, qui agit sur le corps humain, qui le transforme jusqu'à le transformer en lui-même, c'est-à-dire en une substance mortelle.

Les Grecs appellent ça des pharmacats, les latins appellent ça des vénénaux. C'est une substance de la même nature qu'un médicament. Simplement, le médicament transforme le corps jusqu'à un certain point en apportant un remède à un mal,

alors que le poison lui submerge le corps et finit par le faire disparaître. On a déjà ce terme de pharmacah, pharmacone, qui est un terme assez ambigu finalement, qui est entre le remède et le poison. Oui, absolument, c'est un terme ambigu et ce qui fait le remède ou le poison,

c'est la célèbre formule de Paracelse au XVIe siècle, mais qui est valable des avant, c'est la dose, comme on dit l'important, c'est la dose. Quelle place occupe ces poisons dans les écrits médicaux antiques, on pense bien sûr à Galiens, à Hippocrates ?

est-ce que c'est une place centrale ou bien est-ce que c'est une place plutôt parallèle, marginale ? Alors il a été démontré notamment par notre collègue belge Alain Touved qui a eu un corpus, donc un ensemble de textes toxicologiques ou vénéneologiques, on pourra peut-être revenir sur la différence entre les deux termes,

à l'époque de la Grèce antique à travers Nicandre, à travers effectivement Dioscoride ou à travers Galiens, et une étude qui était menée pour comprendre comment agissaient ces substances et comment leur apporter des remèdes, à travers notamment des médicaments, des antidotaires qu'on appelait des terriacs.

Pas la terriac avec un grand T, on y reviendra peut-être tout à l'heure, mais des terriacs et des moyens pour s'immuniser contre le poison. Notamment, il y a le cas célèbre du mitridate qui est une terriac qui porte le nom de ce roi du pont qui craignait qu'on l'empoisonna et donc qui s'est immunisé en prenant

des petites doses de poison. La mitridatisation. La maîtrisatisation, et donc c'est un sujet qui effectivement intéresse beaucoup les Grecs. Alors à cette époque-là, on parle bien sûr de la théorie des humeurs,

comment se conjugue poison théorie des humeurs, quelle question soulève en tout cas cette présence des poisons dans cette médecine antique ? Alors dans la médecine antique, on parle effectivement de théorie des humeurs, et en amont, si je puis dire, de la théorie des humeurs,

il y a la théorie des qualités premières, des quatre qualités qui provoquent ensuite des humeurs, qui sont la sécheresse, l'humidité, le froid, enfin le froid, oui, et la chaleur. Et donc on essaye de quantifier finalement ces qualités premières.

Et c'est lorsque elles sont en excès, eh bien qu'une substance devient une substance nuisible, voire une substance létale. Et tout ça, donc, entre dans une vision de la nature

extrêmement cohérente, avec quand même cette difficulté qui restera assez obscur jusqu'à l'époque du Moyen Âge, de la capacité de quantifier les qualités premières, une qualité première au quatrième

degré, par exemple une chaleur au quatrième degré, commence à voir qu'elle est au quatrième degré et pas au troisième degré. Mais donc il y a une approche parfaitement rationnelle, des fautes d'être scientifiques au sens actuel, mais une approche parfaitement rationnelle qui va parcourir les siècles

qui séparent l'antiquité du Moyen Âge, qui va passer aussi dans la science parabo-musulmanes qui a aussi des influences du côté de l'Inde, mais qui va récupérer toute une série d'idées de la science grecque, et puis qui ensuite, par le jeu des traductions,

par le jeu des mobilités savantes aussi, va venir dans l'Occident médiéval. – Alors si on parle de ces grandes figures finalement de l'histoire médicale, on pense à Galiens, est-ce qu'on peut déjà avoir une idée de la présence de ces poisons dans les écrits de Galiens ?

Dans l'œuvre galénique, là où il est question de poisons, c'est surtout dans les traités sur les terriacs, la terriacapison par exemple. Alors il a été prêté à Galiens, parce qu'on ne prête qu'au riche, la rédaction d'un traité des poisons.

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