
Juin
Juin à Québec : la fête de la Saint-Jean-Baptiste, les longues soirées de lumière, et la fin du contrat. Julien a pris sa décision. Il doit l'annoncer à sa sœur, et quelqu'un d'autre a quelque chose à ajouter à sa lettre.
在这里阅读——点任意单词查看释义
Lettre de Julien
Québec, le 25 juin
Chère Mathilde,
Il est onze heures du soir, et il fait encore un peu jour. En juin, à Québec, le soleil se couche après neuf heures, et le ciel reste bleu pâle très longtemps, comme s'il avait du mal à dire bonne nuit. Après un hiver où il faisait noir à quatre heures et demie, j'ai l'impression qu'on me rend toutes les heures de lumière qu'on m'a volées. Personne ne dort. Toute la ville est dehors.
Hier, c'était la Saint-Jean-Baptiste, la fête nationale du Québec. Je ne sais pas comment te décrire cette journée. Imagine le 14 juillet, la fête de la musique et un immense pique-nique de famille, mélangés ensemble, avec des drapeaux bleus et blancs partout. Il y en avait sur les balcons, sur les voitures, peints sur les joues des enfants. Même le chien de Réjean portait un bandana à fleurs de lys.
Le soir, nous sommes allés sur les plaines d'Abraham, là où Nathalie m'a appris à patiner en janvier. Il y avait des dizaines de milliers de personnes assises dans l'herbe, un grand concert, et à minuit, un feu d'artifice au-dessus du fleuve. Tout le monde a chanté Gens du pays, une chanson que tout le Québec connaît par cœur, et que je ne connaissais pas. Nathalie m'a appris les paroles pendant la semaine. Je les ai chantées mal, trop fort, avec mon accent, et une dame à côté de nous m'a serré dans ses bras à la fin. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai pleuré.
Je crois que j'ai pleuré parce que, pour la première fois, je ne me sentais pas comme un touriste. Je me sentais d'ici. Un peu. Pas complètement, bien sûr. Mais un peu.
Tu as déjà deviné, n'est-ce pas ? Tu devines toujours.
J'ai dit oui à l'hôpital.





