Raconter une histoire au passé

et le choix du temps qui fait toute l'histoireA2

En une ligne

Le passé composé pour les événements, l'imparfait pour le décor — et une bonne histoire a besoin des deux.

Les expressions

Commencer une histoire

FrançaisPrononciationSens
L'année dernière, …/la.ne dɛʁ.njɛʁ/l'an passé
Il y a deux ans, …/i.lja døz ɑ̃/deux ans avant aujourd'hui
Un jour, …/œ̃ ʒuʁ/à un moment passé, sans date précise
Quand j'étais petit(e), …/kɑ̃ ʒe.tɛ pə.ti/pendant mon enfance
Je me souviens que…/ʒə mə su.vjɛ̃ kə/j'ai en mémoire que
Je vais te raconter…/ʒə vɛ tə ʁa.kɔ̃.te/j'annonce une histoire
Ça s'est passé en 2020./sa sɛ pa.se ɑ̃ dø mil vɛ̃/on donne la date des faits
C'était pendant les vacances./se.tɛ pɑ̃.dɑ̃ le va.kɑ̃s/on situe les faits dans le temps

Faire avancer l'histoire

FrançaisPrononciationSens
D'abord, …/da.bɔʁ/en premier
Ensuite, …/ɑ̃.sɥit/après cela
Puis, …/pɥi/et après
Après ça, …/a.pʁɛ sa/à la suite de cela
Pendant ce temps, …/pɑ̃.dɑ̃ sə tɑ̃/au même moment, ailleurs
Tout à coup, …/tut a ku/brusquement, sans prévenir
Soudain, …/su.dɛ̃/brusquement — un peu plus écrit
Au bout d'un moment, …/o bu dœ̃ mo.mɑ̃/après un certain temps
Finalement, …/fi.nal.mɑ̃/pour finir
À la fin, …/a la fɛ̃/au dernier moment de l'histoire

tout à coup et soudain annoncent un passé composé — un événement soudain n'est pas un décor.

Réagir et conclure

FrançaisPrononciationSens
C'était incroyable !/se.tɛt ɛ̃k.ʁwa.jabl/c'était étonnant
J'étais très surpris(e)./ʒe.tɛ tʁɛ syʁ.pʁi/je ne m'y attendais pas
Heureusement, …/ø.ʁøz.mɑ̃/par chance
Malheureusement, …/ma.lø.ʁøz.mɑ̃/par malchance
Depuis, je fais attention./də.pɥi ʒə fɛz a.tɑ̃.sjɔ̃/la leçon que j'en ai tirée
Je ne l'oublierai jamais./ʒə nə lu.bli.ʁe ʒa.mɛ/ce souvenir restera
Voilà, c'est tout./vwa.la sɛ tu/l'histoire est finie

Ce que dit celui qui écoute

FrançaisPrononciationSens
Et alors ?/e a.lɔʁ/la suite, vite
Ah bon ?/a bɔ̃/vraiment ? — la surprise
C'est pas vrai !/sɛ pa vʁɛ/je n'y crois pas — familier
Qu'est-ce qui s'est passé ?/kɛs ki sɛ pa.se/on demande les faits
Et après ?/e a.pʁɛ/on demande la suite

Choisir entre les deux temps

Ce que c'estTempsExemplePrononciation
un événement, une foispassé composéJ'ai vu un accident./ʒe vy œ̃.n‿ak.si.dɑ̃/
le décor, un étatimparfaitIl faisait nuit./il fə.zɛ nɥi/
une habitude passéeimparfaitJe prenais le bus tous les jours./ʒə pʁə.nɛ lə bys tu le ʒuʁ/
une descriptionimparfaitIl était grand, il portait un manteau./il e.tɛ ɡʁɑ̃ il pɔʁ.tɛ.t‿œ̃ mɑ̃.to/
une interruptionpassé composé + imparfaitJe dormais quand le téléphone a sonné./ʒə dɔʁ.mɛ kɑ̃ lə te.le.fɔ.n‿a sɔ.ne/
avant un autre passéplus-que-parfaitJ'avais déjà mangé./ʒa.vɛ de.ʒa mɑ̃.ʒe/

Une courte histoire qui emploie les trois :

Il était dix heures et il pleuvait. Je rentrais chez moi quand j'ai vu un homme qui courait. Il avait perdu son sac. Je l'ai aidé à le chercher.

Les formesLeur rôlePrononciation
était, pleuvait, rentrais, couraitle décor/e.tɛ/ · /plø.vɛ/ · /ʁɑ̃.tʁɛ/ · /ku.ʁɛ/
ai vu, ai aidéles événements/e vy/ · /e ɛ.de/
avait perduencore avant/a.vɛ pɛʁ.dy/

Trois couches, trois temps. Le décor à l'imparfait, les événements au passé composé, ce qui s'est passé avant au plus-que-parfait.

Un piège classique pour les apprenants : beaucoup de langues n'ont qu'un seul passé là où le français en a deux. Je prenais le bus tous les jours (une habitude) et J'ai pris le bus (une fois) se traduisent souvent par le même temps ailleurs — en français, il faut choisir. Voir pc-vs-imparfait.

Les pièges

PiègeExplication
Tout au passé composé rend l'histoire plateSans imparfait, il n'y a pas de décor.
Tout à l'imparfait, et l'histoire n'avance pasSans passé composé, rien n'arrive.
quand + passé composé marque une interruptionJe dormais quand il est arrivé.
pendant que + imparfait marque la simultanéitéPendant que je dormais, il travaillait.
il y a pour situer dans le passéil y a deux ans = deux ans avant aujourd'hui. Pas depuis.
depuis se construit avec le présentJ'habite ici depuis deux ans — au présent, pas au passé.
tout à coup est suivi du passé composéParce qu'il introduit un événement soudain.

Comment construire une bonne histoire

trois couches, et le temps de chacune

Une histoire a trois couches, et chacune prend son temps :

CoucheTempsCe qu'elle contient
la scèneimparfaitquand, où, le temps qu'il faisait, ce que les gens ressentaient
les événementspassé composéce qui s'est passé, dans l'ordre
l'arrière-planplus-que-parfaitce qui s'était passé avant

Et commencez toujours par la première couche :

C'était l'été. Je travaillais à Paris et je n'avais pas beaucoup d'argent. — trois phrases à l'imparfait ; la scène est posée

Puis faites entrer un événement :

Un jour, j'ai reçu une lettre. — passé composé ; l'histoire commence

Et revenez en arrière si besoin :

Je l'avais attendue pendant des mois. — plus-que-parfait ; l'arrière-plan

Trois signaux qui indiquent à l'auditeur dans quelle couche il se trouve :

SignalCouchePrononciation
C'était, il y avait, il faisaitla scène/se.tɛ/ · /il i a.vɛ/ · /il fə.zɛ/
un jour, tout à coup, soudainl'événement/œ̃ ʒuʁ/ · /tu.t‿a ku/ · /su.dɛ̃/
avant ça, j'avais déjàl'arrière-plan/a.vɑ̃ sa/ · /ʒa.vɛ de.ʒa/

À l'oral d'un examen, la maîtrise de ces changements fait la différence entre A2 et B1. Une histoire racontée entièrement au passé composé, c'est du A2 ; avec un décor à l'imparfait, c'est du B1.

Raconter ainsi n'a rien de propre au français : on pose le décor, puis l'événement arrive, dans beaucoup de langues. Vous n'apprenez pas à raconter ; vous apprenez quelles formes françaises portent chacune des couches.

Le détail du choix du temps est dans pc-vs-imparfait.

À voir aussi