Les questions — le système complet

trois registres, et sur quoi porte exactement la questionB1

En une ligne

Trois niveaux de formalité, et un mot interrogatif différent pour chaque chose sur laquelle on peut poser une question — selon qu'il s'agit d'une personne ou d'une chose, d'un sujet ou d'un COD.

Le tableau

RegistreStructureExemplePrononciation
soutenuinversionOù habitez-vous ?/u a.bi.te.vu/
courantest-ce queOù est-ce que vous habitez ?/u ɛs kə vu.z‿a.bi.te/
familierintonation, mot à la finVous habitez où ?/vu.z‿a.bi.te.z‿u/

Le français n'ajoute aucun auxiliaire spécial pour poser une question — il n'existe pas de « petit mot obligatoire » à insérer, et le chercher est la première chose à désapprendre. À la place, le français propose trois constructions, et celle que vous choisissez indique votre degré de formalité.

Les mots interrogatifs

FrançaisSensExemple
où /u/le lieuOù vas-tu ? /u va.ty/
quand /kɑ̃/le momentQuand pars-tu ? /kɑ̃ paʁ.ty/
pourquoi /puʁ.kwa/la raisonPourquoi tu ris ? /puʁ.kwa ty ʁi/
comment /kɔ.mɑ̃/la manièreComment ça va ? /kɔ.mɑ̃ sa va/
combien /kɔ̃.bjɛ̃/le prix, la quantitéCombien ça coûte ? /kɔ̃.bjɛ̃ sa kut/
combien de /kɔ̃.bjɛ̃ də/le nombre, devant un nomCombien de frères ? /kɔ̃.bjɛ̃ də fʁɛʁ/
quel /kɛl/le choix, devant un nomQuel livre ? /kɛl livʁ/
lequel /lə.kɛl/le choix, sans nomLequel préfères-tu ? /lə.kɛl pʁe.fɛʁ ty/
qui /ki/une personneQui vient ? /ki vjɛ̃/
que /kə/
quoi /kwa/
une choseQue fais-tu ? /kə fɛ ty/

qui et que — et le tableau à quatre cases

Le choix dépend de deux choses : personne ou chose, sujet ou COD.

sujetCOD
personnequi /ki/
qui est-ce qui /ki ɛs ki/
qui /ki/
qui est-ce que /ki ɛs kə/
chosequ'est-ce qui /kɛs ki/que /kə/
qu'est-ce que /kɛs.kə/
RôleExemplePrononciation
personne, sujetQui vient ? — quelle personne arrive ?/ki vjɛ̃/
personne, CODQui vois-tu ? — quelle personne est vue ?/ki vwa.ty/
chose, sujetQu'est-ce qui se passe ? — quel événement a lieu ?/kɛs ki sə pas/
chose, CODQue fais-tu ? — quelle activité ?/kə fɛ ty/

La case « chose, sujet » n'a pas de forme courte — qu'est-ce qui est la seule possibilité. ❌ Que se passe ?

Un piège classique pour les apprenants : beaucoup de langues n'ont qu'un seul mot pour les deux cases « chose », sans signaler que le français en demande deux. Qu'est-ce qui doit s'apprendre comme un bloc.

Une façon de lire les formes longues :

Première partie = ce sur quoi porte la question (qui personne / que chose) Dernière partie = son rôle (qui sujet / que COD)

qui est-ce qui = personne, sujet · qu'est-ce que = chose, COD

quoi — après une préposition

que ne peut pas suivre une préposition ; quoi, si :

Prononciation
À quoi penses-tu ?quel est l'objet de tes pensées ?/a kwa pɑ̃s ty/
De quoi parlez-vous ?quel est le sujet de la conversation ?/də kwa paʁ.le.vu/
Avec quoi ?avec quel objet ?/a.vɛk kwa/
Quoi ?tout seul — familier/kwa/

Et pour les personnes, qui suit aussi une préposition :

À qui parles-tu ? · Avec qui ? · De qui ?

Attention à la place. Beaucoup de langues peuvent rejeter la préposition à la fin de la question ; le français la garde toujours devant. Quoi penses-tu à ? est impossible.

lequel — pour choisir

Quand on choisit parmi plusieurs possibilités :

MasculinFéminin
singulierlequel /lə.kɛl/laquelle /la.kɛl/
pluriellesquels /le.kɛl/lesquelles /le.kɛl/

Et il se contracte avec à et de :

+ à+ de
masc. sing.auquel /o.kɛl/duquel /dy.kɛl/
fém. sing.à laquelle /a la.kɛl/de laquelle /də la.kɛl/
masc. plur.auxquels /o.kɛl/desquels /de.kɛl/
fém. plur.auxquelles /o.kɛl/desquelles /de.kɛl/

Auquel penses-tu ? — parmi plusieurs choses ou personnes, laquelle occupe tes pensées ?

La différence avec quel :

Prononciation
Quel livre ?adjectif — avec un nom/kɛl livʁ/
Lequel ?pronom — à la place du nom/lə.kɛl/

L'inversion — trois points techniques

1. Le t ajouté

Quand le verbe se termine par une voyelle et que le sujet est il/elle/on :

A-t-il compris ? · Va-t-elle venir ? · Parle-t-on français ?

Il sert uniquement à la prononciation et n'a aucun sens.

2. Avec un nom à la place d'un pronom

Le nom reste à sa place et on le reprend par un pronom :

Marie vient-elle ?, et non Vient Marie ? Ton frère est-il là ?

Beaucoup d'apprenants inversent directement le nom — cette structure à double sujet est vraiment nouvelle pour eux.

3. Avec je, on évite généralement l'inversion

Sauf avec quelques verbes précis :

✅❌
Puis-je ?Peux-je ?
Suis-je ?
Ai-je ?
Dois-je ?

Pour tout le reste, employez est-ce que : Est-ce que je parle bien ?

Les questions fermées (oui/non)

RegistreExemplePrononciation
soutenuVenez-vous ?/və.ne.vu/
courantEst-ce que vous venez ?/ɛs kə vu və.ne/
familierVous venez ?/vu və.ne/

Et la réponse positive à une question négative est si, pas oui :

Prononciation
— Tu ne viens pas ? — Si, je viens.la réponse contredit la négation/ty nə vjɛ̃ pa/ · /si ʒə vjɛ̃/
— Tu viens ? — Oui.simple réponse positive/ty vjɛ̃/ · /wi/

Beaucoup de langues n'ont pas de mot pour cela et s'en tirent avec l'intonation. Le français a un mot spécial, si, réservé à contredire une négation. Répondre oui à cet endroit n'est pas seulement faux, c'est ambigu — votre interlocuteur ne saura pas si vous êtes d'accord avec lui ou non.

Exemples

FrançaisPrononciationSens
Où habites-tu ?/u a.bit ty/on demande le lieu de vie
Que fais-tu ?/kə fɛ ty/chose, COD
Qu'est-ce qui se passe ?/kɛs ki sə pas/chose, sujet — pas de forme courte
Qui vient ?/ki vjɛ̃/personne, sujet
Qui as-tu vu ?/ki a ty vy/personne, COD
À quoi penses-tu ?/a kwa pɑ̃s ty/quoi après la préposition
Avec qui parles-tu ?/a.vɛk ki paʁl ty/qui après la préposition
Lequel préfères-tu ?/lə.kɛl pʁe.fɛʁ ty/un choix parmi plusieurs
A-t-il compris ?/a til kɔ̃.pʁi/le t ajouté pour le son
Si, je viens./si ʒə vjɛ̃/oui, après une question négative

Erreurs fréquentes

❌✅Pourquoi
Que se passe ?Qu'est-ce qui se passe ?La case chose-sujet n'a pas de forme courte
À que penses-tu ?À quoi penses-tu ?Après une préposition, c'est quoi
A-il compris ?A-t-il compris ?Le t est là pour la prononciation
Vient Marie ?Marie vient-elle ?Le nom reste à sa place
Peux-je ?Puis-je ?Une forme spéciale
— Tu ne viens pas ? — Oui.— Si.Réponse positive à une question négative

Pourquoi on a inventé est-ce que

une façon d'échapper à l'inversion

L'inversion était devenue lourde en français — avec un nom, il fallait reprendre le pronom ; avec je, elle ne marchait souvent pas ; aux temps composés, elle se compliquait.

La langue s'est donc fabriqué un outil figé : est-ce que — lui-même une question inversée (est ce que… = « est-il vrai que… »), mais devenu un bloc qu'on n'analyse plus.

Son avantage : il ne change rien au reste de la phrase :

Tu viens. → Est-ce que tu viens ?

On ajoute un élément devant, et c'est fini.

D'autres langues ont résolu le même problème avec le même genre d'invention : un petit mot vide de sens, inséré pour que le reste de la phrase garde l'ordre normal. La différence, c'est que certaines ont rendu leur solution obligatoire, et le français non. Le français a gardé les trois générations vivantes.

Et dans la langue parlée d'aujourd'hui, même est-ce que se raccourcit : Tu viens ? avec une intonation montante. Trois générations, trois solutions — toutes encore en usage, chacune à son niveau de langue.

Le conseil pratique pour les examens :

SituationQuoi employerPrononciation
écrit formell'inversion
écrit informelest-ce que/ɛs kə/
oralest-ce que ou l'intonation — les deux sont naturels/ɛs kə/

Et à l'écoute, il faut reconnaître les trois, parce qu'un francophone les emploie toutes.

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