durée : 00:58:42 - Sciences chrono - par : Antoine Beauchamp - Devenue un standard de la représentation sur planisphère, la carte de Gerardus Mercator était à l’origine une carte destinée à la navigation. Sciences Chrono se plonge sur le travail novateur de ce cartographe flamand du XVIe et des implications contemporaines de sa représentation de la Terre. - réalisation : Olivier Bétard - invités : Emmanuelle Vagnon Historienne et médiéviste, chargée de recherches au CNRS dans le Laboratoire de Médiévistique Occidentale de Paris (LAMOP)
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France Culture Science Chrono, Antoine Beauchamp C'est une carte qu'on trouve accrochée au mur des écoles du monde entier, un planisphère qui représente les mers et les continents de notre planète ronde.
Mais comment a-t-on fait d'une sphère un plan ? On doit à un voyageur immobile, un certain Gérard Mercator, cette projection cartographique créée au XVIe siècle à destination des navigateurs qui voguaient dans un monde aux frontières soudain étendues.
Comment cette représentation est-elle devenue un standard et pourquoi est-elle aujourd'hui remise en question ? Science Chrono joue aujourd'hui le monde carte sur table. Bonjour Emmanuelle Vagnon.
Bonjour. Vous êtes chargée de recherche CNRS au laboratoire de médiévistique occidental de Paris et vous êtes spécialiste de l'histoire de la cartographie occidentale du Moyen-Âge à l'époque moderne. Vous êtes par ailleurs la co-autrice avec Jean Leveugle du livre Geographia,
l'Odyssée cartographique de Ptolémée, parue aux éditions de la BNF. Je suis ravi de vous recevoir pour ouvrir cette troisième saison de Science Chrono sur France Culture. Et c'est un immense bonheur aussi de vous retrouver toutes et tous, chères auditrices, chers auditeurs. Cette année encore, on explorera chaque vendredi l'histoire des sciences dans la première demi-heure de l'émission
en prenant à chaque fois appui sur une archive sonore. Quant à la deuxième demi-heure, elle sera bien sûr consacrée à l'entretien archéologique qui nous permettra de voyager dans le passé de l'humanité et de réactualiser nos connaissances sur ce passé grâce aux découvertes réalisées sur le terrain des fouilles. Sans perdre plus de temps, d'ailleurs, je vous annonce le programme de l'entretien archéologique du jour. Tout à l'heure, nous parlerons du cannibalisme à la préhistoire, à l'aune des dernières découvertes réalisées notamment à Atapuerca en Espagne.
On se demandera comment on peut établir avec certitude des pratiques cannibales chez nos lointains ancêtres et on verra pour quelles raisons il est encore difficile de donner une explication définitive à ces pratiques. Mais avant d'aborder ce sujet nourrissant, revenons-en à notre premier plat du jour, l'histoire des sciences et aujourd'hui une histoire qui justement nous fait mettre le monde à plat.
Emmanuel Vagnon, vous allez nous aider à comprendre l'importance de cette projection cartographique proposé par Mercator au XVIe siècle. Avant qu'on parle de lui et de son travail, j'aimerais que vous nous aidiez à comprendre
grâce à quelles cartes on circulait jusqu'au début du XVIe siècle, à quoi ressemblaient ces cartes et qui en étaient les utilisateurs. Oui, Mercator réalise sa carte en 1569, mais il est héritier d'une très longue tradition cartographique.
Et il faut savoir qu'au début du XVIe siècle, on utilise à peu près deux grands types de cartes. D'une part des cartes marines, qu'on appelle aussi parfois des cartes portulants, et puis des cartes qui sont issues de la géographie de Ptolémée. Alors comment sont-ils par les cartes marines ? Les plus anciennes connues datent de la fin du XIIIe siècle, notamment la carte Pisan, conservée à la Bibliothèque Nationale de France.
Et ce sont des cartes qui représentent l'espace maritime et non pas l'espace terrestre. Et elles sont fondées sur des mesures et sur des orientations. Donc la caractéristique des cartes marines médiévales, ce sont des roses des vents qui indiquent les capes de navigation à partir de l'utilisation de la boussole. Ce qui est déjà extraordinaire dans cette cartographie, c'est le souci de représenter les formes réelles des côtes grâce à une échelle graduée. Donc dans ces cartes marines, on a à la fois un souci des angles et un souci des distances.
A quoi elles ressemblent ces cartes ? Parce qu'elles sont, vous le dites, essentiellement centrées sur le monde maritime, sur les ports, sur les îles, sur les obstacles maritimes. Moi j'ai regardé la carte Pisan et j'étais totalement, c'est le cas de le dire, déboussolé. Pourtant c'est la boussole qui est à la base de ces cartes, bien sûr. Et elles sont d'abord utilisées en Méditerranée et elles représentent la Méditerranée et la mer Noire, c'est-à-dire l'espace antique finalement, fréquenté par les marins depuis l'Antiquité,
mais qui est formalisé seulement au cours du Moyen-Âge, grâce à la boussole notamment. Et ces cartes représentent simplement les côtes, le tracé des côtes, avec l'énumération des noms des ports qui sont perpendiculaires aux côtes à l'intérieur des terres. Et puis ces cartes sont caractérisées aussi par des indications nautiques sur les accidents de navigation,
notamment les écueils, les bancs de sable, les estuaires des fleuves. Quelquefois, elles sont ornées aussi d'indications à l'intérieur des terres sur les exemplaires qui sont les plus luxueux. Mais voilà, effectivement, ce sont des cartes qui résument finalement l'espace à l'espace maritime, comme vu depuis un bateau et avec un instrument de navigation à la main.
Alors vous évoquiez un autre grand nom quand on parle de géographie, de cartographie, c'est celui de Claude Ptolémée, géographe, mathématicien, astronome d'Alexandrie du 1er et 2e siècle. Quelle importance il a, lui, dans l'histoire de la cartographie ? Cette fois, une cartographie qui va représenter plutôt les terres.
La géographie de Ptolémée, ça représente la cartographie savante de l'Antiquité qui est retrouvée à la Renaissance selon une sorte de mythe qui dit que la Renaissance, c'est la Renaissance de l'Antiquité, précisément. La géographie de Ptolémée, c'est le troisième livre de Ptolémée.
On connaissait déjà son traité d'astronomie et son traité de mathématiques qui avaient été traduits d'après les textes arabes. En revanche, la géographie avait été presque oubliée, en tout cas, elle était inaccessible dans le monde latin
pendant une grande partie du Moyen-Âge. Et c'est à la fin du XIVe siècle qu'un érudit byzantin, qui s'appelle Manuel Crisoloras, rapporte en Italie un exemplaire en grec de la géographie de Ptolémée
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