Robert Hébras, a 19 ans lorsque le 10 juin 1944, la 2ème division SS « Das Reich » encercle le village. 642 habitants sont massacrés. Seuls six, dont Robert, réussissent à s’échapper. Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Europe 1 On de l'attraconte, la suite de votre récit. Les va-faines et cesses savent bien que tout le monde n'est pas mort. Alors ils font le tour, ils repèrent ceux qui bougent ou qui gémissent.
Et ils les achèvent. Et moi je suis sous les cadavres. Ils ne me voient pas. Et puis ils prennent du foin, des fagots de bois
Et ils en recouvrent les corps Et ils s'en vont Et dans le tas J'en entends un qui dit
Oh les salauds Ils m'ont coupé notre jambe Je le reconnais C'est un mutilé de la première guerre
D'autres appellent leurs femmes ou leurs enfants Moi je ne bouge pas Ils n'ont pas pu tuer tout le monde C'est pas possible
Je fais un cauchemar. Et puis, un bruit de bottes. Les voilà qui reviennent. Ils mettent le feu à l'entrée de la grange.
Robert, il faut que tu fasses quelque chose. Il faut que tu partes. Il faut que tu te sauves. Tu ne vas pas mourir comme ça.
Il n'y a pas beaucoup de fumée, mais la chaleur devient insupportable. L'extrémité de mes cheveux commence à roussir. Alors j'aperçois une porte, je l'ouvre. Mince, elle donne sur une cour sans issue.
Je reviens dans la grange, je vois une autre porte, elle donne sur une autre grange. Je regarde à gauche, à droite, pas d'OSS. Ils sont partis. Alors je vais me cacher dans une étable à couchons.
Au loin, j'entends tirer de tous les côtés. Et puis à un moment, j'entends des voix. Des gens qui parlent français, et pas toi. Comment qu'ils vaillent ?
À l'oreille, j'arrive à les retrouver. Ils sont quatre. Yvon Roby, Marcel Dardou, Mathieu Bory et Clément Broussaudier. On se retrouve donc tous les cinq, cernés par le feu, dans une cour sans issue.
Faut pas traîner. Sur le côté, y'a un mur de planche vermoulu. Les copains se mettent à l'attaquer à coups de couteau. Ça donne sur une autre grange.
Et ainsi de suite. On avance de grange en grange. Ça nous prend des heures. Avec le feu derrière qui sans cesse s'approche.
Il fait très chaud. On a très soif. À un moment, deux Vafenesses entrent dans une des granges. Ils sont à moins d'un mètre de nous.
Et ils mettent le feu à un tas de paille. Et ils repartent. Sauf que deux d'entre nous sont montés se réfugier dans le grenier. C'est trop tard.
On n'est plus que trois. Bauri, Dartou qui est blessé aux jambes, et moi. Et on arrive comme ça à la dernière grange de la rue, qui donne sur une place.
On jette un oeil. Il y a des sentinelles en faction, il faut attendre. Aux alentours de 7h du soir, la voie est enfin libre. Les sentinelles sont parties du côté du cimetière.
Mathieu Bauri parle au premier. Je vous attends de l'autre côté de la place. Marcel et moi, on ne bouge pas. Marcel est beaucoup plus blessé que moi.
Il a de plus en plus de mal à marcher. Je peux faire quelque chose pour toi, Marcel ? Non. Rien, Robert. Rien.
Maintenant, il ne faut plus traîner. Le feu se rapproche. Je m'élance le premier. Une fois de l'autre côté de la place, on fait signe à Marcel.
Il n'a pas pu arriver jusqu'à moi. Il est resté planqué derrière un buisson. Avec Mathieu, on va vers le cimetière, on le traverse. On fait une pause dans un bois.
Et de là, on regarde notre village flamber. On arrive au hameau du Teille Et là on tombe sur des gens qui regardent au radour brûler On leur raconte
Vous n'auriez pas à voir On a très soif Une femme nous tend une bouteille de vin Mathieu veut rejoindre le hameau de sa mère
Et moi je décide de m'éloigner le plus possible En évitant les routes, les chemins, les maisons Je marche comme ça jusqu'à environ 10h30 du soir. Et j'arrive au hameau de la martinerie.
Je vois une fenêtre éclairée. Mais d'où arrivez-vous ? J'arrive d'Oradour. Les Allemands, ils ont tué tous les hommes là-bas.
Tous les hommes ? Mais qu'est-ce que vous avez fait pour qu'ils s'attaquent à vous ? Rien. Enfin, je ne sais pas, moi.
Et là, se produit un miracle. Dans la même maison, je retrouvais frayés les enfants du Tanner, qui s'étaient enfuis juste avant l'attaque. Jacqueline, Francis et André, le petit handicapé.
Dis Robert, tu sais ce qui s'est passé à Oudradour ? Oui. Ils ont tué tous les hommes. Et les femmes ? Et les enfants ?
Ils les ont épargnés, je crois. Je n'en sais rien en fait, mais je suis convaincu qu'ils les ont épargnés. Je suis convaincu que je vais retrouver ma mère et ma sœur. Je ne sais pas à ce moment-là ce qui s'est passé à l'église.
Jacqueline me nettoie les plaies avec de l'eau de vie. Et je passe la nuit à même le sol dans cette maison. Le lendemain matin C'est étrange mais
Je ne suis pas totalement effondré Je suis en vie Mon père aussi sans doute Puisqu'il n'était pas au village
Et je ne m'inquiète pas pour ma mère et mes soeurs Je suis sûr qu'elles sont saines et saufs On les a juste évacuées Pour qu'elles n'assistent pas au massacre des hommes
C'est tout Où sont-ils d'ailleurs à cette heure-ci ? Peut-être chez ma soeur aînée, Odette, elle habite à quelques kilomètres de Radour, à Pouyol. Ils doivent être tous là-bas !
Et donc je propose aux enfants du tanneur d'y aller avec moi. Et on y va à travers champ, en évitant les routes, et en portant le petit André, handicapé. Quand on arrive à Pouyol, je retrouve mon père et ma soeur aînée. Ils savaient que j'étais vivant, un autre rescapé le leur avait dit.
Mais ils ne savent rien de ce qui s'est passé à Auradour. Rien. Tu dis qu'ils vous ont rassemblé sous la place ? Et qu'ils ont séparé les hommes et les femmes ?
À ce moment-là, on pense toujours que les femmes et les enfants ont été épargnés. Aux alentours de 8h30 du soir mon père décide d'aller voir il enfourche un vélo
il s'approche de l'église et là il voit les corps les corps calcinés des femmes et des enfants du village
qui brûlent encore et lui il se retrouve tout seul face à ces ruines encore fumantes
Quand il revient chez ma sœur, il essaye de se rassurer. Elle ne peut pas être toute morte dans l'église, ce n'est pas possible. Le lendemain, il est allé les chercher partout dans la campagne alentour. Il ne les a pas trouvées.
Il n'y a eu qu'une seule rescapée du massacre de l'église. Notre ancienne voisine, Marguerite Roufanche. Plusieurs fois, elle m'a raconté ce qui s'était passé.
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